Fin août, le groupe Carrefour dévoilait son nouveau concept d’hypermarché, Carrefour Planet. Voici la réaction du designer Olivier saguez sur la pertinence de ce concept. Le débat est ouvert sur le blog.
« Après avoir lu avec attention votre article paru dans le magazine LSA, au demeurant fort bien fait, avoir entendu et réentendu que l’hypermarché allait se réenchanter ou se réinventer pas loin de Lyon ; je suis allé “voir par moi-même” cette nouvelle planète Carrefour. C’est certes un magasin très photogénique, “bourré “de petites innovations (smart, garderie, coiffeur etc…) et d’une belle profondeur de l’offre (les huiles, le bio, la beauté etc…), mais je n’ai pas vu de bouleversement convaincant.
J’ai quelques doutes sur l’efficacité de cette “nouvelle” planète ? Quand un consommateur va dans un hyper, c’est pour deux raisons essentielles : le prix et la rapidité. Au-delà des prix, c’est commode de faire rapidement ses courses, toutes les courses essentielles de sa maison. 30 minutes en voiture pour y aller, 30 minutes pour rentrer, et de 30 à 40 minutes pour tout acheter.
Il s’agit donc d’économiser son temps comme son budget. Or l’organisation, le merchandising, la signalétique (inexistante), rendent compliquée la circulation du nouveau concept Carrefour. Aussi peut-on se demander si le consommateur ne va pas à l’inverse devoir dépenser plus : son temps.
Par ailleurs, et c’est peut-être l’essentiel, l’hyper il y a 30 ans, c’était la révolution, la modernité de pouvoir acheter tout sur le même lieu mais surtout moins cher. Carrefour ne peut se comporter comme si la concurrence n’existait pas ou plutôt comme si les spécialistes (Ikea et Fly en maison ; Fnac en culture ; Zara, H&M et Promod en mode ; Leroy Merlin et Castorama en bricolage ; Sephora et Nocibé en beauté… pour ne citer que quelques enseignes référentes) n’existaient pas, comme si le e-commerce avec amazon.com, cdiscount.com, fnac.com etc… n’existaient pas. Autrement dit, comment peut-on être plus fort qu’un spécialiste ou être dans le plaisir comme eux et non dans l’utile de tous les jours ?
Spécialiste de tout mais spécialiste de rien ? Le paradoxe, c’est que l’hyper est très fort dans : l’alimentaire, le marché et les métiers du frais, les rayons générateurs de marge, et des plus hautes fréquences d’achat. Alors on peut se demander pourquoi Carrefour ne fait-il pas la différence sur ses coeurs de métiers ? Une volonté d’être marquant partout ? Une volonté de recherche ? Une volonté de se frotter aux spécialistes ? Ou tout simplement, un oubli des fondamentaux du rôle d’un hyper ?
En conclusion, l’hyper est, je crois, dans les courses du 100% pur utile avec des touches agréables, il ne peut être dans le 100% pur agréable. L’hyper ennuie, c’est trop grand et c’est trop loin. A défaut de se rapprocher des gens, il faut le rétrécir et le recentrer sur son coeur de savoir faire : réenchanter et renouveler notre appétit de manger et du bien manger. Le reste, à quelques exceptions près (le bien-être beauté, le textile de base) n’est pas crédible en terme d’offre et de prix chez un hyper à moins d’être du dépannage.
L’hyper est-il mort ? S’agit-il d’un soubresaut ? La réponse de Carrefour n’est-elle qu’un début ? Vers d’autres offensives ? Autant de questions à suivre, pour mieux comprendre les bouleversements du consommateur dans sa volonté de consommer autrement et somme toute de… vivre autrement. Et c’est tant mieux ! »
Olivier Saguez
Agence Olivier Saguez and-partners